Les États-Unis menacent la Russie d’exclusion du système Swift

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En réponse à l’offensive lancée par la Russie en Ukraine, le président américain Joe Biden a annoncé que Washington envisage d’exclure Moscou du système Swift, un système de transfert d’informations financières mondial. Si cette sanction portait un grand coup au fonctionnement du système bancaire russe, les banques européennes pourraient également en pâtir.

Washington sur le point de mettre ses menaces à exécution

Depuis que la Russie a lancé son offensive militaire sur l’Ukraine le jeudi 24 février, les États-Unis enchaînent les sanctions, notamment économiques, contre Moscou. Ce vendredi, Washington est monté d’un cran avec la proposition d’exclusion de la Russie du système Swift.

Il y a plusieurs mois déjà que Washington et ses alliés faisaient planer cette menace qui, semble-t-il, risque d’être effective dans un contexte de conflit très particulier. Swift ou « Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication » est une société mise en place en 1973 et qui a son siège en Belgique. Elle est à l’initiative d’un gigantesque réseau de messageries hautement sécurisées consacrée exclusivement aux opérations financières.

D’après la chercheuse au CNRS et professeure de sciences économiques à l’Université de Lorraine, Yamina Fourneyron, « Swift est un intermédiaire informatique qui n’effectue pas des transferts de fonds, mais centralise les ordres de virement entre les clients de différentes banques ». « C’est un outil essentiel pour faciliter et sécuriser les grosses transactions », ajoute-t-elle.

300 banques russes menacées d’exclusion

Réunissant environ 11 000 institutions bancaires dans 200 pays, le réseau Swift occupe une place importante dans le fonctionnement du système financier mondial. On estime à 10,6 milliards le nombre d’ordres de paiement que le réseau a permis de transmettre dans le monde en 2021.

Concrètement, il n’aurait aucun problème à décider de l’exclusion de la Russie et de ces 300 institutions bancaires du système Swift. Cette sanction impliquera que Washington et ses alliés européens fassent pression sur la société belge, pour obtenir l’accord de 13 des 25 membres du conseil d’administration.

Les États-Unis n’en sont pas à leur premier coup d’essai. L’exclusion d’un système comme Swift a déjà été utilisée comme sanction financière contre d’autres États. La Corée du Nord en a fait les frais en 2017 à la suite des essais de tirs de missile. De 2012 à 2016, l’ex-président Donald Trump y avait eu recours contre l’Iran avant de suspendre cette sanction en 2018.

En 2014, lors de l’annexion de la Crimée, Washington avait envisagé de frapper la Russie de ce qu’il considère comme l’équivalent financier de l’arme nucléaire.

Les banques russes face aux conséquences destructrices de l’exclusion

« Après la déconnexion des banques iraniennes de Swift, le pays a perdu près de la moitié de ses revenus d’exportation de pétrole et 30 % de son commerce extérieur », explique le Carnegie Moscow Center dans une note.

Pour les banques russes, l’effectivité de l’exclusion de la Russie du système Swift aurait donc des conséquences désastreuses. Elles devront dans un premier temps faire face un sérieux ralentissement du système bancaire dans son ensemble. Pour les transactions avec l’étranger, les entreprises russes devront alors recourir à d’autres moyens.

Yamina Fourneyron explique : « Imaginons un exportateur russe qui souhaite acheter du champagne en France. Il sera bloqué car la banque russe ne pourra pas transmettre l’ordre de virement à la banque française ».

L’économiste précise : « Le commerçant russe devra alors soit payer en cash, soit avoir un autre compte dans une banque connectée à Swift dans un autre pays, en France ou à Chypre par exemple ».

Le SPFS, la bouée de sauvetage russe

En 2014, à l’issue de la première menace d’exclusion du Swift, la Russie avait entrepris de mettre en place son propre système de messagerie sécurisé. Baptisé SPFS pour Système de transfert de messages financier, il propose des services similaires au Swift. Malheureusement, seulement une vingtaine de banques étrangères y ont recours.

Un établissement bancaire peut être membre de plusieurs systèmes de transferts d’informations simultanément. Ainsi, une banque indienne, appartenant à la fois au SPFS et Swift, peut être sollicitée via le SPFS par un entrepreneur russe pour la réalisation d’un ordre de virement avec Swift.

Selon Yamina Fourneyron, « Cela sera plus long et plus coûteux dans la mesure où il y a un intermédiaire supplémentaire ». « Cela va clairement compliquer la vie des entreprises russes, mais connaissant la rapidité des innovations financières, l’Inde ou la Chine seront tout à fait capables de proposer des alternatives ».

Le revêt de la médaille pour l’Europe

La plupart des entreprises européennes, dont les groupes français Société Générale et TotalEnergies, installés en Russie, seront fortement mises à mal par cette sanction. La France occupe en effet depuis plusieurs années la place de 1er employeur en Russie avec 160 000 employés, et celle de 2e investisseur étranger.

Il deviendrait très compliqué pour les Européens de payer les entreprises russes qui leur fournissent du gaz russe. De nombreux montages financiers seraient alors nécessaires pour les transactions financièrement, ce qui ferait flamber les prix de l’énergie vers des sommets vertigineux.

Si la fermeture de Swift aux banques russes permet aux USA et à ses alliés de frapper un grand coup, il n’en demeure pas moins que c’est une arme à double tranchant qui porterait non seulement préjudice aux Européens, mais aussi aux États-Unis.

Le risque d’une coalition financière russo-chinoise

Exclure la Russie du système Swift, c’est rendre le risque de voir Moscou développer son réseau alternatif et d’abandonner les transactions en dollars. Pour Washington, la montée en puissance d’un autre réseau de transferts d’informations bancaires serait préjudiciable.

En effet, Moscou envisage de combiner son système à l’équivalent chinois, « Cross-Border Inter-Bank Payments System » ou CIPS. Grâce à cette fusion, la Chine et la Russie souhaitent ouvrir leur système aux pays émergents comme l’Iran et l’Inde de sorte à les rendre indépendants des institutions financières des États-Unis.

Depuis le début de l’opération militaire russe en Ukraine et l’annonce de cette éventuelle sanction, c’est l’affolement sur les marchés financiers. La situation risque de se corser davantage si Washington décidait de mettre ses menaces à exécution.

One thought on “Les États-Unis menacent la Russie d’exclusion du système Swift

  1. En ouvrant la guerre militaire Moscou a ouvert finalement la guerre économique, ce qui aurait sans doutes, des conséquences sur l’économie mondiale surtout en Afrique et en français.

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